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Une personnalité : Saint-Marc Girardin (1801 - 1873)
Grand dictionnaire Larousse : Saint-Marc Girardin pédagogue, par Th. Froment


Saint-Marc Girardin se jugeant lui-même : "Permettez-moi de vous le dire avec une franchise un peu vaniteuse, je n’ai jamais passé pour un vaniteux, je n’ai jamais passé pour un sot et pour un maladroit… Laissez-moi dire encore que j’aime mes fonctions par goût et non par besoin. J’ai assez de fortune pour me dispenser de servir l’État… J’aime mes fonctions et j’ai toujours voulu les garder ; je le veux encore, parce que j’en connais et que j’en pratique fidèlement les devoirs". Réponse à Fortoul, ministre de l’Instruction publique en 1853.

Quelques jugements sur Saint-Marc Girardin :
"Il exista un sous-Villemain, mi-libéral, mi-doctrinaire, éclectique, professeur, député, du nom de Saint-Marc Girardin qui se canonisa lui-même et s’écouta sans faiblesse en vingt volumes parfaitement oubliés". Jacques Vier dans Histoire des littératures, t3, p. 1179.
"D’une voix de crécelle, Docte et grêle, Comme un vieux coq dans un jardin, Girardin" dans Gazette anecdotique de 1876, p. 184.
Marc Girardin, dit Saint-Marc Girardin (il se canonisa lui-même) est né à Paris en 1801, d’une famille de commerçants.  Il fit ses études au collège Henri IV, puis suivit les cours de l’École de droit en même temps que ceux de la Faculté des Lettres. Il n’exerça pas comme avocat ; agrégé de lettres supérieures en 1823, il se destina au professorat. Ses opinions libérales le tinrent éloigné de l’Université jusqu’en 1826, époque à laquelle il obtint une place de professeur de seconde à Louis le Grand. La même année, il concourut pour le prix d’éloquence proposé par l’Académie et obtint un accessit pour L’éloge de la Sage. L’année suivante, il partagea le prix avec Patin pour L’éloge de Bossuet et en 1828, il obtint encore le même prix partagé avec Philarète Chasles pour Tableau de la littérature française au 16e siècle.

En même temps, il débutait avec éclat au Journal des Débats dont il resta le collaborateur assidu pendant quarante-cinq ans. Ce fut à propos des troubles de la rue Saint-Denis, sous le ministère Villèle qui avait fait tirer sur des attroupements inoffensifs. Cet article d’un débutant qui osait demander : "si les bulletins de la grande armée allaient maintenant s’afficher à la morgue" fit grand bruit. On n’osa pas révoquer le jeune professeur et il continua dans les Débats sa campagne contre le ministère et aussi contre les Jésuites.

Saint-Marc Girardin avait alors une ardeur et une fougue qui contrastent singulièrement avec l’attitude qu’il prit dans ses dernières années, le plaçant à la tête des conservateurs les plus timorés. Il n’avait pas assez de sarcasmes et d’ironie pour ridiculiser les conservateurs bornés et la coterie cléricale et il invitait la jeunesse à se lever pour sauver la nation. La révolution de juillet vint lui donner satisfaction. Il fut nommé professeur d’histoire à la Sorbonne en remplacement de Guizot et maître des requêtes au Conseil d’état. En 1833, il quitta la chaire d’histoire pour celle de poésie où il devait conquérir une si grande réputation. Sa parole, aisée et naturelle, dégagée de tout pédantisme, rendait son cours attrayant.

En 1834, il est élu député de la Haute-Vienne. En politique, comme journaliste et comme député, rallié complètement au gouvernement, il se fait l’avocat de la bourgeoisie et attaque assez vivement les républicains. Les questions scolaires sont à l’ordre du jour de la Chambre. Guizot, ministre de l’Instruction publique, dépose en janvier 1836 un projet de loi sur l’enseignement secondaire. Saint-Marc Girardin est élu rapporteur de la commission chargée d’examiner ce projet qui sera discuté en 1837, voté à une faible majorité, mais jamais appliqué, Guizot ayant quitté le pouvoir. Quant à Saint-Marc Girardin, mis en lumière par cette discussion, devenu membre du Conseil supérieur de l’Université, conseiller d’État en service extraordinaire, il semblait à tous un candidat désigné pour le ministère de l’Instruction publique. Mais il ne se bornait pas à enseigner : il continuait à s’instruire. C’était un curieux et un voyageur. Dès que sonnait l’heure des vacances, il se dirigeait vers l’Italie ou vers l’Allemagne. L’Allemagne surtout l’attirait. De ses voyages outre-Rhin, il rapportait une connaissance approfondie des philosophes, des historiens, ces plus illustres savants de l’Allemagne moderne. A Berlin, il s’était lié avec Gans et Hegel. Guizot le chargea, en 1833, d’étudier les établissements d’instruction publique allemands.

A son retour, il publia Notices politiques et littéraires sur l’Allemagne (1834) et Rapport sur l’instruction intermédiaire en Allemagne (1835-1839). A partir de 1843, il commença la publication de ses Cours de littérature dramatique ou De l’usage des passions dans le drame. Cet ouvrage est remarquable par la finesse des aperçus et l’élégante vivacité du style, mais sévère à l’excès à l’égard du romantisme. Le succès de ce cours dès l’apparition des premiers volumes et celui des Essais de littérature et de morale (1844) décidèrent de l’élection du professeur journaliste à l’Académie française au fauteuil 23 en remplacement de Campenon. Il y retrouva en particulier : Victor Hugo et Tocqueville élus en 1841 ; Sainte-Beuve élu en 1843, Mérimée en 1844. Ses travaux à la Revue des Deux-Mondes augmentèrent ses titres littéraires.

Depuis 1840, Guizot semblait inamovible à la présidence du Conseil, mais il vivait loin des réalités. Alors l’incendie s’alluma. Le 23 février, Louis Philippe le renvoya et appela Molé. Saint-Marc Girardin figurait parmi les membres de son cabinet qui ne vécut pas un jour. La révolution triomphante enleva Saint-Marc Girardin à la politique ; il fut tenu à l’écart des affaires pendant la République et pendant tout le Second Empire. Il n’y prit part que comme publiciste dans la Revue des Deux-Mondes et dans le Journal des Débats. Il fit au gouvernement, issu du coup d’état, une opposition constante, très modérée dans la forme mais qui paraissait hardie dans le silence imposé à la presse.

Dans la politique extérieure, il se fit l’avocat des chrétiens de Syrie, des Hellènes et des Roumains contre les Turcs. Il était allé étudier sur les lieux mêmes les questions que ne résolurent ni la guerre de Crimée, ni la guerre de Syrie et il a consigné le résultat de ses observations dans :
• Souvenirs de voyages et d’études (1852-1853)
• Souvenirs et réflexions politiques d’un journaliste (1859)
• La Syrie en 1861, condition des chrétiens d’Orient (1862)

Aux élections complémentaires de juillet 1871, Saint-Marc Girardin fut élu député en même temps que des hommes éminents à des titres divers : le général Changarnier, le duc de Broglie, Littré, Waddington, Mgr Dupanloup, les quatre "Jules" : Grévy, Simon, Faure et Ferry, et encore le duc d’Aumale et Paul Bert. Saint-Marc Girardin siège au centre droit et soutient d’abord la politique de Thiers qui se consacre à l’œuvre de réorganisation. Les forces du pays refaites, Thiers se proposa d’organiser une république conservatrice. Vice-président de la Chambre, Saint-Marc Girardin fit partie en 1872 de la députation qui avait pour objet de barrer la route à la république. A cette occasion, il dut démissionner de la rédaction du Journal des Débats qui continuait à soutenir Thiers. La manifestation échoua dans le ridicule, mais les coalisés ne perdirent pas courage et Saint-Marc Girardin continua de collaborer à l’entreprise de renversement de Thiers qui se produira le 24 mai 1873. Il ne lui fut pas donné d’assister au triomphe de son parti.

Il mourut pendant les vacances parlementaires le 11 avril 1873 à Morsang-sur-Seine.

Que retenir de Saint-Marc Girardin ? Pendant plus de quarante années, il a enseigné, soit à Louis le Grand, soit à la Sorbonne. C’était sa profession, c’était sa vocation, ce fut son honneur. Écrivain, professeur et député, dans la presse, à la tribune et dans sa chaire, il a soutenu les intérêts de l’enseignement donné par l’État à tous les degrés et la grande cause de l’éducation. Devançant la plupart de ses collègues, il prévoyait l’instruction primaire obligatoire. C’était un libéral en politique comme en littérature. Il appartenait à cette forte bourgeoisie de 1830 issue du Tiers-État de 1789 qui, dans la monarchie tempérée, voyait la forme de gouvernement la mieux adaptée à la démocratie moderne. C’était un homme très cultivé. Les auteurs du Moyen-âge ne lui étaient pas moins familiers que les auteurs de l’antiquité grecque ou latine ; il connaissait les Pères de l’église comme les classiques du XVIIe : il lisait Goethe et Schiller dans le texte.

Si Saint-Marc Girardin est quelque peu oublié de nos jours, il n’eut pas en son temps, dit Théodore Froment, tout le succès qu’il méritait.